« La lettre de Wilson »

Chapitre I

 

Voilà, il y a quelques mois de cela, j’ai décidé d’écrire une lettre à mon père. Cela fait bizarre d’avoir grandi sans connaître son père. Je me suis tellement habitué à son absence que je ne me suis jamais posé la question de ce que ça aurait pu être de grandir avec mes deux parents.

Je vais tout de même me présenter. Je m’appelle Wilson, j’ai 22 ans et je fais des études de marketing. J’ai grandi avec ma mère, je n’ai jamais vu mon père.

En fait, ma mère ma toujours élevé seule en me disant souvent que mon père était un homme tellement important qui travaillait pour le gouvernement, voyageait énormément et que c’était pour cette raison que je ne le voyais jamais.

Quand j’étais plus jeune, je croyais vraiment à ces histoires. Parfois, elle me disait qu’il rentrait tellement tard que je dormais déjà et qu’il partait très tôt le matin. Par moment, elle m’achetait des cadeaux et les déposaient près de mon lit en me faisant croire qu’il était passé pendant la nuit et qu’il m’avait laissé un cadeau.

Aujourd’hui, j’ai grandi et je me suis fait à l’idée que mon père n’était probablement jamais passé me voir. Pour moi, étant fils unique, ma mère a toujours joué le rôle d’un père et d’une mère. J’ai toujours été gâté et même qu’à mes 17 ans, c’est moi qui commandais à la maison. Ma mère n’avait plus d’autorité sur moi, je décidais de tout dans la maison et je faisais ce que je voulais.

Les choses ont changé lorsque j’ai eu 20 ans. Je me suis lancé à la recherche de l’identité de mon père. Ma mère n’a jamais voulu me dire quoi que ce soit sur lui, j’ai dû me débrouiller seul. Après des mois et des mois de recherches sans résultats, j’ai commencé à désespérer et je n’ai plus voulu adresser la parole à ma mère.

Un jour, lors d’un concert organisé dans une église chrétienne, j’ai rencontré à la sortie un jeune de mon âge. Il s’appelait John, on a parlé du concert et on avait vraiment beaucoup de points en commun. On a échangé nos numéros et depuis là on a beaucoup parlé et c’est là que j’ai réalisé qu’il avait une histoire très marquante.

John vit avec ses deux parents. Il a été beaucoup battu dans son enfance par son père, ce qui lui a laissé des cicatrices qui ne partiront jamais. Il a reçu dans son enfance un amour conditionnel : lorsqu’il faisait quelque chose de bien, sa mère l’aimait et le félicitait, alors que lorsqu’il faisait quelque chose de mal, ses parents donnaient l’impression de ne plus l’aimer. Pour des petites bêtises d’enfant, il avait droit à des injures très blessantes. Du coup il a grandi avec ces blessures en lui. Il a tendance à vouloir acheter l’amour de ses parents ou des autres. Il a un besoin permanent d’être apprécié et accepté par les autres. Parfois, il me disait : « J’aurais voulu choisir mes parents. Si seulement la vie permettait aux enfants de pouvoir choisir leurs parents, cela rendrait les choses plus simples ». C’est pour cela qu’il s’est vite senti à l’aise avec moi car pour la première fois il avait trouvé un ami qui l’avait accepté sans qu’il ait à faire quoi que ce soit comme effort.

J’avais donc en face de moi une personne qui avait ses deux parents et qui voulait les changer ou même ne pas en avoir, alors que moi je cherchais désespérément à avoir un père pour expérimenter ce que les autres appellent « une famille complète ».

J’aime avoir une mère toujours présente pour moi. Je me suis souvent demandé quel était le rôle d’un père dans le foyer si une mère pouvait apparemment déjà tout faire. Est-il si important d’avoir un père ?

Le jour où je suis allé chez John pour la première fois, j’ai pu voir quelque chose qui m’a semblé vraiment nouveau et injuste. Ce jour là, nous sommes partis directement après les cours pour avoir assez de temps pour réparer mon vélo et faire autre chose. John est un sacré bricoleur, il sait toujours tout faire. On est arrivé chez John à 16 h 45, on avait quelques minutes de retard à cause du bus. Pour moi ce n’était pas un problème vu que c’était vendredi et que l’on pouvait prendre le temps. John avait vraiment l’air d’être stressé, il m’a dit d’un coup :

John : Bon Wilson, faut vraiment qu’on se dépêche pour ton vélo s’il te plaît, je ne veux pas me faire gronder.

Wilson : D’accord mais déstresse, on est vendredi de toute façon et en plus si tu veux je peux rester dormir ici comme ça on fait cela tranquillement.

John : Non, si mon père rentre faudra tout ranger et très vite.

Wilson : OK, je comprends.

En réalité, je n’avais rien compris. C’est uniquement lorsque son père est rentré que j’ai compris d’où venait sa peur.

John a une petite sœur de 11 ans qui s’appelle Naomi, qui est rentrée en pleurant. Sa mère lui a demandé ce qu’elle avait et la petite n’arrivait pas à parler. John lui a dit : « Naomi, dis-nous ce que tu as avant que Papa ne rentre…»Mais la petite n’arrivait pas à parler, elle n’arrêtait pas de pleurer et elle a fini par partir s’enfermer dans sa chambre.

Pour moi tout cela était bizarre. La mère, le fils et la fille, tous ont une grande peur du père. J’attendais juste que tout finisse et que je demande à John de m’expliquer. A peine en avais-je décidé ainsi que la porte s’est ouverte et son père est rentré.

 Il n’était que 18 h mais j’ai au l’impression qu’il était 22 h, tant le silence a rempli la maison. Le père de John était super grand et fort, il avait un visage très fermé. La mère de John m’a demandé si je voulais rester manger mais d’un coup John a surgi en disant : « Non maman, il doit rentrer on a déjà fini. » J’ai rigolé et répondu : « Oui avec plaisir, John plaisante on n’a pas encore fini. »

Une fois que la table était prête, la maman a appelé Naomi à deux reprises en lui disant de descendre pour venir à table mais elle n’a pas répondu. Soudain, le père a simplement dit « Naomi » et là, elle est immédiatement descendue. Naomi est une fille très timide, elle ne parle pas beaucoup et elle est souvent seule dans son coin.

Une fois qu’on était tous à table, John s’est mis debout pour faire une prière avant de manger, c’était une chose vraiment nouvelle pour moi donc je ne faisais qu’observer.

Une fois le repas fini, Naomi s’est levée pour partir. Son père lui a ordonné de rester à table, la petite s’est immédiatement assise et a baissé la tête. J’avais vraiment une grande colère en moi de voir tout cela, pour moi voir une personne qui commande tout le monde avec autant d’arrogance et surtout en effrayant les autres de cette manière, tout ça me dépassait. C’était donc ça être un « Père ? ».

Le père a demandé à Naomi : « J’ai vu ta trottinette devant la maison. Elle était cassée, tu peux m’expliquer ? » La petite s’est remise à pleurer. La mère a laissé la vaisselle qu’elle était en train de laver, s’est retournée et a regardé Naomi avec un regard très attristé. John, quant à lui, s’est dépêché de me mettre à la porte. J’ai insisté pour rester et c’est la que le père a fait une chose qui m’a choqué et complètement figé…

 

Chapitre II

 

Le père a donné une immense gifle à Naomi et sa tête a heurté le vase posé sur la table.

La mère a surgi en suppliant son mari de ne plus la frapper. John, quant à lui, se tenait juste à coté de moi la tête baissée sans rien dire. Je ne savais pas quoi dire. Pour moi, c’était la première fois que je voyais un parent frapper son enfant. Une fille de 11 ans totalement traumatisée par son père.

Une grande colère a commencé à monter en moi. Dans ce genre de situation, j’aurais réagi si je ne les connaissais pas. Mais là, il s’agissait du père de mon ami, je ne le connaissais pas et en voyant l’autorité qu’il avait sur sa famille, je m’étais simplement dit que j’étais content de ne pas avoir de père.

J’ai demandé au père :

Wilson : Monsieur, Pourquoi l’avez-vous frappée alors qu’elle n’avait rien fait de grave ? Je ne comprends pas…

Le père : Jeune homme, j’éduque mes enfants comme je veux. Elle sait très bien qu’elle doit prendre soin des choses que je lui achète.

Wilson : Mais vous n’avez pas attendu qu’elle réponde. Peut-être que ce n’est pas elle qu’il l’a cassée. Je ne sais pas mais votre fille était déjà en train de pleurer lorsqu’elle est rentrée de l’école. A mon avis, ce n’est pas elle qui l’a cassée, n’est-ce pas Naomi ?

En s’essuyant les larmes, Naomi a répond d’une petite voix :

Naomi : Oui, c’est un garçon de la classe qui me l’a pris et l’a jetée contre le mur pour m’embêter. Je lui ai dit d’arrêter mais il m’a insultée.

Le père : Je ne veux rien savoir Naomi, c’est la dernière fois que ce genre de chose arrive. Sinon tu vas m’entendre.

Wilson : Vous êtes toujours obligé d’agir par la violence ? Je sais que c’est votre enfant mais quand vous la frappez, cela signifie que vous ne l’aimez pas.

Le père : Je la frappe pour la corriger. La bible dit qu’un parent peut frapper un enfant sans le tuer. Alors je sais ce que je fais, je sais que ce n’est pas mal selon Dieu, c’est pour son bien et elle le comprendra plus tard.

Wilson : Je suis aussi croyant mais je ne connais pas beaucoup la bible. Si pour vous cela est bon, alors je n’ai rien à ajouter. Je n’ai pas de père et jamais ma mère n’a levé la main sur moi. Je ne connais pas mon père et peut-être que lui m’aurait frappé.

J’ai fini par partir en leur disant «Bonne soirée, que Dieu vous garde. »

Depuis ce soir là, je n’ai plus voulu retourner chez John car je n’appréciais pas la manière dont son père les traitaient, ce d’autant plus qu’il disait que cette manière de faire était approuvée par Dieu.

J’ai décidé de partager tout cela avec ma mère car je me posais beaucoup de questions sans réponse. Je ne savais plus si c’était vraiment important d’avoir un père. Qu’aurait été ma vie si j’avais connu mon père ? Je ne savais même plus dire si cela me rendait triste ou si au contraire cela me rassurait…

 

Ma mère, malgré son métier de médecin, a toujours su trouver du temps pour moi. Elle a toujours su être présente et à mes coté à n’importe quel moment de ma vie et m’a toujours encouragé. J’ai tout appris d’elle, mais peut-on vraiment devenir un homme dans la vie lorsqu’on a été uniquement élevé par une femme depuis l’enfance ?

Parfois, j’allais à l’église juste pour prier Dieu en lui demandant qu’il me dise qui était mon père et où il se trouvait mais je n’ai jamais eu de réponse. Du coup, je ne trouvais plus vraiment l’utilité d’aller prier si je n’obtenais jamais de réponse. J’ai fini par me dire que j’allais le trouver par moi-même.

Quelque temps après tout ça, j’ai repris ma vie normale sans repenser à mon père ou me poser trop de questions sans réponses.

Un jour où il faisait très chaud, j’ai raccompagné John après les cours. J’avais tellement soif que j’ai demandé à John si c’était possible que je monte chez lui pour boire un verre. Etonnamment, il m’a immédiatement répondu par la négative.

Au début, j’ai cru qu’il plaisantait. J’ai quand même garé la voiture et enlevé ma ceinture mais il m’a dit d’une manière très sèche : « J’ai dit non, tu ne montes pas chez moi Wilson, on se voit demain. » Il est descendu de la voiture et est directement rentré chez lui.

Je suis resté garé devant chez lui pendant environ 10 minutes avant de décider malgré tout d’aller sonner à sa porte. J’ai entendu sa mère dire : «  John va ouvrir la porte » mais John n’a pas réagi. J’ai encore sonné et finalement sa mère est venue m’ouvrir la porte. J’ai dit bonjour et elle m’a super bien accueilli. John était enfermé dans sa chambre où il écoutait de la musique très fort, je comprenais mieux pourquoi il n’était pas venu m’ouvrir.

Je suis resté discuter quelques minutes avec sa mère. J’en ai profité pour lui poser quelques questions, pour mieux comprendre pourquoi son mari décidait de tout dans la maison et pourquoi il était aussi violent.

Elle a baissé la tête et elle m’a dit que c’était une longue histoire. Son mari donnait simplement ce que lui même avait reçu dans son enfance. Les choses n’avaient pas été faciles pour lui, il n’arrivait pas à canaliser sa colère alors il s’exprimait avec violence. Ensuite elle a commencé à me raconter leur histoire…

 

Chapitre III

« Je n’avais que 19 ans quand j’ai rencontré Antoine, le père de John et Naomi.

 

Au début ce qui m’a attiré chez lui c’était son côté mystérieux, il ne parlait pas beaucoup mais il était quand même assez drôle.

Il était chef dans un groupe de musique très connu à l’époque, assez populaire et bel homme, tout ce qui attire la plupart des femmes. Il me faisait des avances depuis des mois mais à chaque je le repoussais alors qu’il me plaisait vraiment.

Comme je viens d’une famille chrétienne, je savais que mes parents n’allaient jamais être d’accord que j’épouse une personne qui n’était pas également chrétienne, alors je l’évitais.

Je l’ai croisé un dimanche alors qu’il était en voiture. Il m’a demandé où j’allais, j’ai répondu que j’allais à l’église. Il m’a demandé s’il pouvait venir avec moi car il n’avait jamais été dans une église. J’ai accepté.

Depuis ce jour là, je me suis beaucoup rapprochée de lui car j’ai vu qu’il commençait à venir chaque dimanche à l’église et cela m’a touchée.

Je ne connaissais pas sa famille mais un jour un il m’a dit qu’il était orphelin. Il avait perdu ses parents deux ans auparavant lors d’un accident de voiture. Ses parents se disputaient dans la voiture et son père a quitté la route des yeux. Ils ont percuté un arbre et sont morts tous deux sur le coup alors que lui s’en était sorti.

Il n’avait jamais eu une bonne relation avec son père car son père les battait sa mère et lui. Il avait gardé des mauvais souvenirs de son père.

Après quelques temps, j’ai fini par le présenter à mes parents et quelques mois plus tard, nous nous sommes mariés.

Un an après notre mariage, alors que j’étais enceinte de John, Antoine m’a dit qu’il ne voulait pas d’enfant maintenant. Je lui ai dit que j’allais le garder et il a fini par être d’accord.

Quelques années après, nous avons eu Naomi. Depuis la naissance de Naomi, Antoine a commencé à rentrer très tard à la maison, il ne s’occupait pas des enfants. Il avait un groupe d’amis avec lesquels il allait chaque week-end boire des verres pour ne rentrer qu’à des heures très tardives.

Je lui ai fait plusieurs fois des remarques est c’est là qu’il a commencé à devenir violent, tout d’abord verbalement puis peu à peu par les gestes.

J’ai fini par ne plus rien dire. Il avait commencé à perdre la foi, il n’allait plus à l’église, il ne priait plus. J’étais mariée à cet homme et quoi qu’il fasse je ne pouvais pas divorcer, je ne pouvais pas faire cela aux enfants. C’est uniquement pour les enfants que j’ai choisi de ne pas divorcer. Au final, je me suis retrouvée seule à aller à l’église avec les enfants, je me chargeais de les aider du mieux que je pouvais par rapport à leurs devoirs et pour leur offrir toutes les choses dont ils avaient besoin. On ne partait plus en vacances avec les enfants parce qu’Antoine trouvait que c’était de l’argent gaspillé.

Maintenant je prie pour que Dieu m’aide parce que j’ai l’impression que je ne peux plus rien faire… »

Pendant que la mère de John parlait, j’ai entendu une porte s’ouvrir doucement. Naomi est sortie de sa chambre avec un pull à capuche qui recouvrait tout son visage. Des larmes ont commencé à couler sur le visage de sa mère, qui s’est subitement arrêtée de parler. Je me suis levé et je suis allé voir Naomi pour lui demander pourquoi elle cachait son visage. Elle a enlevé sa capuche, son visage était complétement défiguré, elle avait reçu des coups si violents mais n’était pas allée à l’hôpital car sa mère avait peur que la police soit prévenue et qu’on leur enlève la garde de leurs enfants. Son état était vraiment grave, inutile de leur demander qui avait bien pu faire cela.

J’ai proposé à Naomi de venir avec moi se faire ausculter par ma mère, qui aurait pu garder le secret et s’occuper de Naomi. Je suis allé chercher John dans sa chambre pour qu’il nous accompagne, il était surpris de me voir là, je lui ai expliqué et il a accepté de venir.

Quelques semaines après tout ça, je suis allé voir un film au cinéma. C’est alors que j’ai obtenu des réponses aux questions que je me posais. Il y avait une scène où un jeune garçon écrivait une lettre à son père qui était parti pour quelques années en mission.

Dans sa lettre, le jeune disait à quel point son père lui manquait. Il lui racontait toutes les choses qu’il avait faites à l’école et comment était la maison depuis qu’il était parti. Le jeune se référait toujours à son père, qui était son seul modèle, et il lui disait à quel point il avait hâte de pouvoir faire un nouveau match de basket derrière leur maison. On pouvait voir tellement d’amour entre le père et le fils, un lien qui se maintenait malgré la distance et surtout un espoir immense de se revoir très vite.

Cela m’a énormément touché. C’est à ce moment là que j’ai ressenti pour la première fois la tristesse de ne pas avoir connu mon père. J’ai toujours su être fort et faire face aux choses dures mais là, je me sentais comme le plus petit et le plus faible face à tout.

En rentrant, je suis passé devant un panneau publicitaire, où il était marqué « Il n’est pas loin de toi », j’ai continué. Encore un peu plus loin, une autre où c’était marqué « Il n’attend que toi, ouvre lui la porte ». Je me suis soudainement arrêté, j’ai fermé les yeux et je me suis mis à parler dans ma tête en me disant : « Où es-tu père ? »

Au lieu de reprendre ma route, j’ai soudainement changé de direction, comme si j’étais irrésistiblement attiré quelque part. Je suis arrivé devant une grande église, je me suis demandé pourquoi j’étais venu là. Dans cette église, les gens étaient tous en train de chanter, mes larmes ont soudain commencé à couler. Je ne comprenais pas pourquoi je pleurais mais je sentais comme une immense tristesse qui sortait de moi.

Un homme était debout à coté de moi, il m’a tenu la main et ma dit : « Jeune homme, ton père est ici et il m’a dit de te dire ne sois pas triste, il veille toujours sur toi, tu n’es pas seul. »

Chapitre IV

 

Une fois rentré à la maison, j’étais dans la joie. Je savais que désormais je n’étais pas seul. J’ai pris un cahier et je me suis mis à écrire. Dire tout ce que j’avais dans le cœur à ce papa absent et lui raconter la vie vécue sans lui. Cet homme que je ne voyais que comme ayant abandonné sa famille et ses responsabilités. J’ai tant ignoré l’importance que pouvait avoir un père dans le foyer, la stabilité que pouvait produire un père qui tient ses responsabilités dans la maison.

 J’ai grandi en me disant qu’un père n’avait pas sa place dans cette maison. Je regardais les personnes autour de moi, qui se plaignaient de leurs parents, de leur éducation. Dans certaines familles, les coups et blessures étaient une chose normale venant d’un père. Quand des enfants n’ont plus le droit de parler, de dire ce qu’ils pensent ou ressentent cela devient de l’injustice pour moi mais pour certains parents c’est cela qui est juste.

 Je me suis vraiment posé beaucoup de questions, j’ai voulu trouver le père idéal, trouver l’éducation ou du moins la relation idéale entre un père et son enfant, mais je ne l’ai trouvée que dans les films. Je n’ai pas trouvé de repère, j’étais un enfant sans père et sans repère.

 J’occupais la place du père dans la relation avec ma mère sans savoir qu’elle aussi avait besoin d’un mari à ses côtés et non d’un enfant qui jouait le rôle du mari et surtout qui ne la respectait pas. Mon enfance n’a pas été facile car malgré l’amour que ma mère m’a porté depuis tout petit, je remarque aujourd’hui qu’il me manque quelque chose de crucial et que cette chose ne pouvait venir que d’un père.

 Quand je parle de père, je ne parle pas d’un homme qui a mis un enfant au monde. Je parle d’un homme qui a su développer des capacités telles que prendre soins de son enfant, l’éduquer de la meilleure façon qui soit, subvenir à ses besoins, lui garantir un bon avenir, l’accompagner dans l’accomplissement de ses projets, le soutenir dans les moments d’échecs et non le rabaisser, pour moi ce sont toutes ces choses qui font d’un homme un père. J’avais tant cherché un homme qui avait ces capacités mais c’est clair que dans le monde je n’en avais pas trouvé. Ce n’est pas qu’il n’existe pas mais c’est simplement que je ne le voyais pas.

 Mais arrivé dans cette église, les émotions que j’ai pu ressentir, l’enseignement que j’ai pu suivre, je savais que Dieu m’avait parlé et par ces paroles, je venais d’entendre ce qu’un père véritable pouvait apporter à son enfant. Je n’avais peut-être pas grandi avec mon père physique, j’avais bien sûr perdu l’espoir et l’envie de retrouver mon père physique, mais je venais de retrouver la joie et la paix que Dieu avait mises dans mon cœur, pour moi c’est lui mon seul et véritable père.

Je ne pouvais pas en vouloir d’être parti à l’homme qui était chargé de m’éduquer et de prendre soin de moi. Je sais que il y a une raison à tout cela, alors j’ai voulu lui écrire tout cela pour lui dire à quel point je l’aime malgré son absence, je l’aime malgré tout. J’avais tant besoin de lui, mais son absence m’a fait connaître beaucoup de choses, m’a faire reconnaître Dieu comme étant mon père. Je sais qu’il aurait pu être violent avec ma mère ou avec moi, il aurait pu être soulard, il aurait pu être une personne qui insulte souvent, manquer de respect envers ma mère ou moi. Il aurait pu être pire que le père de mon ami John.

Je préfère me dire qu’il aurait était gentil, attentionné, passionné d’activités familiales, généreux, drôle, présent pour ma mère et moi, toujours à l’écoute, il m’aurait accompagné chaque soir à mes entraînements et il serait venu voir tous mes matchs. Oui, il l’aurait fait, j’en suis persuadé alors c’est pour toutes ces choses que je l’aime malgré son absence.

Une fois que j’avais fini d’écrire, je me suis endormi sur mon bureau. Ma mère est venue assez tard dans la nuit, elle a vu ce cahier avec en gros titre « sans père, sans repère ». Elle ne s’est pas gênée de le lire attentivement. Une fois qu’elle avait tout lu, elle a inscrit quelque chose à la fin en rouge pour je tombe dessus à mon réveil. Elle a ensuite reposé le cahier ouvert sur le bureau et elle est partie.

 Le matin, je n’ai pas directement fait attention en me réveillant. Je suis allé à la cuisine pour déjeuner avec elle, et là je la voyais souriante, elle était vraiment rayonnante, comme si quelque chose venait d’arriver. Je lui ai demandé ce qu’il y avait.

 Moi : Maman, pourquoi tant de joie ? Tu as reçu une bonne nouvelle ?

 Elle : Oui, ça fait 18 ans que chaque jour je priais Dieu qu’il me fasse grâce pour que tu oublies tes recherches par rapport à ton père et que tu retrouves la joie. Alors quand j’ai lu tout ce que tu as écrit hier soir sur ton cahier, j’ai beaucoup pleuré et j’ai remercié Dieu. Je te demande encore une fois de plus pardon de t’avoir menti durant toutes ces années.

 Moi : Donc tu as lu mon histoire ?

 Elle : Oui et je t’ai même écrit quelque chose dedans. Tu n’as pas vu ?

 Moi : Non mais je vais lire ça tout de suite.

Je suis directement remonté dans ma chambre, j’ai pris le cahier et elle y avait marqué : « Je te demande pardon Wilson, pardonne moi premièrement de t’avoir fait traverser tout cela. Je me rends compte à quel point c’était dur pour toi de grandir sans ton père à tes coté. Je sais que tu m’as à plusieurs reprise posé des questions sur ton père durant ton enfance, et je t’ai souvent raconté des mensonges en te disant que ton père voyageait beaucoup, etc. Pardonne moi, Je vais te dire la vérité maintenant sur ton père, c’était un homme vraiment aimable.

 

 Tu n’avais que 4 ans quand ton père nous a quitter. Vous étiez en train de venir me chercher au travail toi et ton père lorsqu’une voiture vous a coupé la route. Ton père a essayé de l’éviter et il a percuté une barrière, la voiture a commencé à prendre feu. Ton père n’arrivait pas à détacher complètement sa ceinture de sécurité, alors il s’est juste retourné pour te prendre et te faire sortir de la voiture par la fenêtre, une dame t’a ramassé et t’as éloigné de la voiture.

 Les secours sont arrivées, mais une fois le feu éteint, ton père était déjà mort asphyxié. Tu refusais d’admettre qu’il était mort alors les médecins et psychologues ont dit qu’il ne fallait pas te le rappeler directement mais qu’il fallait attendre parce que cela risquait de te créer un choc grave, donc j’ai préférer garder le secret.

Je te demande vraiment de me pardonner pour cela. Je suis tellement dans la joie de savoir que tu ne t’es pas rebellé et que tu n’as pas pris un mauvais chemin dans ta vie mais tu t’es tourné vers Dieu, que tu lui as fait confiance et surtout de savoir qu’il t’a libéré de ce poids et de toute cette tristesse. Je sais que maintenant notre relation va s’améliorer parce que j’ai réussi à te dire la vérité et je me sens aussi en paix. Je voulais que ton histoire se termine avec cette vérité. »

 Je n’avais plus de mots. C’est vrai que les relations entre parents et enfants se dégradent souvent dû à ce que les parents ont vécu et qu’ils essayent de faire vivre aux enfants ou à cause de ce que l’enfant a dans le cœur mais qu’il n’arrive pas à partager avec ses parents.

 

 Dans mon cas, Dieu m’a énormément aidé à évacuer toute ma tristesse et c’est à partir de là que j’ai pu avoir la réponse à toutes les questions que je me posais. Oui, il existe des hommes avec des capacités de père, mais ces capacités leur viennent de Dieu car Dieu est le père de tous et c’est lui qui possède le véritable amour.

 J’encourage toutes les personnes qui souffrent de l’absence d’un père ou celles qui ont un père violent, un père qui ne joue pas son rôle de père, d’autres encore qui sont dans des familles ou les deux parents sont irresponsables, j’encourage toute ces personnes à se retourner vers Dieu et à abandonner toutes ces choses au pied de Dieu car il est si merveilleux qu’il va d’une manière ou d’une autre restaurer votre famille. Il attend juste que vous vous abandonniez à lui et que vous lui fassiez confiance.

 Que Dieu le père véritable vous bénisse, Wilson.

 

M.L

 

 

 

 

 

 

 

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